Les observateurs dans les groupes
Version finale du 27 janvier 2006
Note
:
Qu’est-ce qu’un observateur ?
Un "observateur" est une personne qui est membre d’un groupe ou d’une liste de
discussion mais qui n’y est pas actif, même si parfois il en suit tous
les débats. On parle également de "passager clandestin" ou bien dans les forums de "lurker" (celui qui lit les messages mais qui n'y participe pas*)
Les observateurs représentent souvent la majorité des membres d’un groupe.
------
A quoi servent les observateurs ?
Les termes utilisés, "passagers clandestins" et "lurkers",
ont trop souvent une connotation négative. Les explications ci-dessous
présentent leur rôle et leur intérêt. Même si les personnes actives
dans un groupe ont l’impression que "c’est toujours les mêmes qui font
tout", les observateurs dans un groupe pourront très bien être
actifs dans un autre… ou même devenir actifs dans le groupe où ils ne
s’étaient jamais impliqués. Ils offrent ainsi un réservoir de personnes
qui connaissent le groupe et ses débats et pourront éventuellement plus
facilement s’impliquer à un moment donné. Il arrive ainsi qu’une
personne jusque-là inactive, intervienne avec familiarité et
spontanéité comme si elle avait participé intensément à tous les échanges
précédents.
Les
observateurs constituent
également un public qui donne plus de consistance au groupe. Ils permettent aux
actifs d’être vus et reconnus pour leur apport afin d'éviter que les "parleurs" se dissimulent eux-mêmes derrière l'accumulation de leur parole. Ainsi, un pourcentage raisonnable d'observateurs apporte un équilibre au groupe.
Les
personnes non actives dans un groupe sont donc des intermédiaires entre
les personnes les plus actives et l’extérieur du groupe. Elles
facilitent le processus d’implication et permettent au groupe
d’être vu et reconnu de l’intérieur avant d’être vu et reconnu de
l’extérieur. Il semble même étrangement que le sentiment d’appartenance
à un groupe dépend non seulement de sa propre participation mais aussi pour une part du sentiment
que "quelque chose s’y passe".
Le pourcentage de personnes actives dépend de l'implication dans le groupe
On observe que le pourcentage de personnes actives dans un groupe donné ne change pas en supprimant artificiellement des personnes actives ou observatrices. Supprimer des observateurs du groupe sans rien changer d'autre conduit certaines personnes jusque là actives à se desimpliquer, le pourcentage d'actifs et d'observateurs restant à peu près constant . C'est plutôt par des actions favorisant l'implication qu'un plus grand nombre de personnes pourront devenir actives.
Il
n'est pas facile de mesurer le pourcentage de personnes actives qui
dépend de la définition que l'on donne à la participation au groupe
(régulière, occasionnelle, unique). Cependant, il est possible de voir
qu'elle dépend de nombreux facteurs :
- Par exemple, une étude sur les différentes listes de discussions du logiciel libre "Zope" montre un pourcentage d'actifs sur une période d'un mois compris entre 6 et 40 % suivant le type de liste (questions et suggestions générales ou au contraire discussions techniques précises et coordination entre développeurs).
- A l'Association Française de Généalogie (AFG), les groupes de travail en ligne sont très actifs, mais dans certaines régions, les inscrits participent beaucoup plus qu'ailleurs.
- En dehors des groupes en ligne, l'association Vidéon qui met en place des télévisions de proximité est très active. Les participants aux différentes émissions collectives représentent entre 20 et 30% de ses membres.
- Dans un groupe qui fonctionne peu, le pourcentage des personnes actives peut descendre à... zéro.
Favoriser l’implication dans le groupe
Il n’est pas possible de savoir à l’avance avec certitude qui va s’impliquer. Telle personne que l’on espérait voir active se concentrera sur d’autres priorités et telle autre que l’on n’attendait pas se mettra dans le coup.
Si
le coordinateur agit directement sur les personnes actives ou
passives, cela est inefficace et lui donne une image de censeur. Il
pourra bien plus utilement agir, de même d'ailleurs que les
participants actifs eux-mêmes, sur les facteurs dans le groupe qui
favorisent
l'implication.
Mobiliser
les personnes ne suffit pas. Les personnes mobilisées feront
éventuellement ce qu’on leur demande afin de ne pas se faire licencier
ou ne pas refuser une demande. Mais s’impliquer va plus loin. Plus que
réagir à une demande, cela consiste à être pro-actif et à prendre des
initiatives.
Pour maximiser le pourcentage d’actifs dans un groupe, il faut donc proposer un environnement qui favorise l’implication. Une personne s’impliquera en fonction de trois critères (les deux premiers sont personnels, le troisième dépend directement du groupe) :
- Les motivations de la personne :
- Utilité du sujet traité pour soi-même, réponse aux attentes et aux priorités,
- Apprendre des choses nouvelles, la curiosité,
- Plaisir d’être avec les autres, l’envie de partage,
- Reconnaissance (être vu et pouvoir influer sur la trajectoire du groupe),
- Intérêt pour les sujets abordés,
- Avoir les compétences pour répondre,
- Rendre à la communauté ce qu'on a reçu,
- Se sentir utile, sentiment du travail bien fait…
- Ses freins (qui poussent à ne pas agir ou à se focaliser sur d’autres priorités) :
- manque de temps,
- manque de sécurité personnelle,
- le fait d'avoir rencontré des difficultés avec des membres du groupe,
- manque de confiance dans le groupe,
- timidité, peur de l’erreur et du jugement, se sentir " novice " face aux experts
- difficulté à s'exprimer par messagerie ou bien à l'oral (suivant les groupes en ligne ou physiques)
- Désaccord avec ce qui est globalement exprimé (il est difficile d'exprimer une opposition au groupe)
- propension à la rétention d’information,
- Longueur des mesages,
- risque de ne pas pouvoir se désengager du groupe…
- Le seuil d’implication du groupe :
- facilité pour commencer à participer au groupe (objectifs simples, possibilité de commencer par des actions simples),
- tonalité des échanges (affirmations péremptoires ou propositions mesurées),
- réactivité du groupe quand on commence à s’impliquer (répond-on aux questions posées par les nouveaux entrants) …
- Les participants actifs qui agissent dans le groupe
- Les observateurs impliqués qui apportent de la consistance au groupe en favorisant les mécanimes de reconnaissance
- Les observateurs passifs qui constituent un réservoir de personnes qui pourront ou non s'impliquer plus fortement par la suite.
Rendre visible les actifs ou les passagers clandestins ?
Chercher à rendre visible les personnes inactives ou inciter trop fortement les passagers clandestins à sortir sur le pont ("delurker") comporte des pièges. Il faut faire la distinction entre le pourcentage des personnes mobilisées et celui des personnes impliquées. Dans un petit groupe ou bien dans un groupe où tout le monde à un rôle défini, il est plus facile de voir ceux qui ne participent pas. Il y a donc une forme de pression qui pousse à se mobiliser pour ne pas être vu comme passager clandestin. Mais il ne s’agit que de mobilisation, pas d’implication.
Visualiser les passagers clandestins risque donc de pousser à la mobilisation mais pas à l’implication. Au contraire, rendre plus visible ceux qui sont actifs permet de favoriser les mécanismes d’estime au sein du groupe et à l’extérieur. Cette reconnaissance favorise l’implication.
Quelques liens :
- Let's get more positive about the term 'lurker' , Lurking from a Legitimate Peripheral Participation perspective...,CPSquare Class Project - June– July 2003
- Hacking Alone? , The Effects of Online and Offline Participation on Open Source Community Leadership, Siobhán O’Mahony, Harvard Business School, 1er sept 2004
- Peripheral Members in Online Communities1, Wei Zhang, John Storck, Boston University
- Vers des Outils d'Analyse des Interactions pour l'Assistance Métacognitive des Participants aux Forums de Discussion, Angélique Dimitracopoulou, Laboratoire de Technologies d'Apprentissage et de l'Ingénierie Didactique [LTEE lab], Université de la Mer Egée, Grèce.
- La construction des indicateurs statistiques dans l’analyse des interactions et des rôles sociaux au sein des communautés électroniques : le cas du forum Montgallet, Monica BOUARU TURINICI, 15.04.2005
- Linking, lurking, listening and learning : An interview with John Seely Brown
- Lurking and Social Networks, Ton Zijlstra
- The power of lurking, February 06, 2004
- The active lurker: influence of an in-house online community on its outside environment, Takahashi, M, Fujimoto, M., Yamasaki, N., ACM GROUP03 conference, Sanibel Island, Florida, USA, 10 Nov. 2003.
- Shedding light on lurkers in online communities, Nonnecke, B., and J. Preece. In Proe. Ethnographic Studies in Real and Virtual Environments: Inhabited Information Spaces and Connected Communities (1999)
- Lurker demographics: Counting the silent, Nonnecke, B., & Preece, J. (2000).
- Why Lurkers lurk ? , Nonnecke, B., & Preece, J. (2001). Americas Conference on Information Systems 2001.
- What lurkers and posters think of each other. Nonnecke, B., Preece, J., & Andrews, D. (2004). Paper presented at the HICSS-37, Maui, Hawaii.
- Lurking, Research Papers, Blair Nonnecke, Dept. of Computing and Information Science, University of Guelph
- Silent Participants : Getting to Know lurkers Better, Blair Nonnecke,Jenny Preece, University of Guelph
Par Jean-Michel
|
| 27/01/2006 10:49
| Synthèses
|
aucun commentaire
|
Commentaires