Contributeurs : , , , , , , , , , , , , , , Baxter Jean-Yves, Siramy Marc, (rapporteur)

Note :

Cette synthèse est issue d’une discussion du groupe Intelligence Collective qui inclut à la fois des personnes qui ont été actives sur d’autres sujets mais également des personnes qui jusque là étaient restées inactives (voir les commentaires et les évolutions du texte).

Qu’est-ce qu’un observateur ?

Un "observateur" est une personne qui est membre d’un groupe ou d’une liste de discussion mais qui n’y est pas actif, même si parfois il en suit tous les débats.  On parle également de "passager clandestin" ou bien dans les forums de "lurker" (celui qui lit les messages mais qui n'y participe pas*)

Les observateurs représentent souvent la majorité des membres d’un groupe.

A quoi servent les observateurs ?

Les termes utilisés, "passagers clandestins" et "lurkers", ont trop souvent une connotation négative. Les explications ci-dessous présentent leur rôle et leur intérêt. Même si les personnes actives dans un groupe ont l’impression que "c’est toujours les mêmes qui font tout",  les observateurs dans un groupe pourront très bien être actifs dans un autre… ou même devenir actifs dans le groupe où ils ne s’étaient jamais impliqués. Ils offrent ainsi un réservoir de personnes qui connaissent le groupe et ses débats et pourront éventuellement plus facilement s’impliquer à un moment donné. Il arrive ainsi qu’une personne jusque-là inactive, intervienne avec familiarité et spontanéité comme  si elle avait participé intensément à tous les échanges précédents.

Les observateurs  constituent également un public qui donne plus de consistance au groupe. Ils permettent aux actifs d’être vus et reconnus pour leur apport afin d'éviter que les "parleurs" se dissimulent eux-mêmes derrière l'accumulation de leur parole. Ainsi, un pourcentage raisonnable d'observateurs apporte un équilibre au groupe.

Les personnes non actives dans un groupe sont donc des intermédiaires entre les personnes les plus actives et l’extérieur du groupe. Elles facilitent le processus d’implication et permettent au groupe d’être vu et reconnu de l’intérieur avant d’être vu et reconnu de l’extérieur. Il semble même étrangement que le sentiment d’appartenance à un groupe dépend  non seulement de sa propre participation mais aussi pour une part du sentiment que "quelque chose s’y passe".

Le pourcentage de personnes actives  dépend de l'implication dans le groupe

On observe que le pourcentage de personnes actives dans un groupe donné ne change pas en supprimant artificiellement des personnes actives ou observatrices. Supprimer des observateurs du groupe sans rien changer d'autre conduit certaines personnes jusque là actives à se desimpliquer, le pourcentage d'actifs et d'observateurs restant à peu près constant . C'est plutôt par des actions favorisant l'implication qu'un plus grand nombre de personnes pourront devenir actives.

Il n'est pas facile de mesurer le pourcentage de personnes actives qui dépend de la définition que l'on donne à la participation au groupe (régulière, occasionnelle, unique). Cependant, il est possible de voir qu'elle dépend de nombreux facteurs :

  • Par exemple, une étude sur les différentes listes de discussions du logiciel libre "Zope" montre un pourcentage d'actifs sur une période d'un mois compris entre 6 et 40 % suivant le type de liste (questions et suggestions générales ou au contraire discussions techniques précises et coordination entre développeurs). 
  • A l'Association Française de Généalogie (AFG), les groupes de travail en ligne sont très actifs, mais dans certaines régions, les inscrits participent beaucoup plus qu'ailleurs.
  • En dehors des groupes en ligne, l'association Vidéon qui met en place des télévisions de proximité est très active. Les participants aux différentes émissions collectives représentent entre 20 et 30% de ses membres.
  • Dans un groupe qui fonctionne peu, le pourcentage des personnes actives peut descendre à... zéro.

Favoriser l’implication dans le groupe

Il n’est pas possible de savoir à l’avance avec certitude qui va s’impliquer. Telle personne que l’on espérait voir active se concentrera sur d’autres priorités et telle autre que l’on n’attendait pas se mettra dans le coup.

Si le coordinateur agit directement sur les personnes actives ou passives, cela est inefficace et lui donne une image de censeur. Il pourra bien plus utilement agir, de même d'ailleurs que les participants actifs eux-mêmes, sur les facteurs dans le groupe qui favorisent l'implication.

Mobiliser les personnes ne suffit pas. Les personnes mobilisées feront éventuellement ce qu’on leur demande afin de ne pas se faire licencier ou ne pas refuser une demande. Mais s’impliquer va plus loin. Plus que réagir à une demande, cela consiste à être pro-actif et à prendre des initiatives.

Pour maximiser le pourcentage d’actifs dans un groupe, il faut donc proposer un environnement qui favorise l’implication. Une personne s’impliquera en fonction de trois critères (les deux premiers sont personnels, le troisième dépend directement du groupe) :

  • Les motivations de la personne :
    • Utilité du sujet traité pour soi-même, réponse aux attentes et aux priorités,
    • Apprendre des choses nouvelles, la curiosité,
    • Plaisir d’être avec les autres, l’envie de partage,
    • Reconnaissance (être vu et pouvoir influer sur la trajectoire du groupe),
    • Intérêt pour les sujets abordés,
    • Avoir les compétences pour répondre,
    • Rendre à la communauté ce qu'on a reçu,
    • Se sentir utile, sentiment du travail bien fait…
  • Ses freins (qui poussent à ne pas agir ou à se focaliser sur d’autres priorités) :
    • manque de temps,
    • manque de sécurité personnelle,
    • le fait d'avoir rencontré des difficultés avec des membres du groupe,
    • manque de confiance dans le groupe,
    • timidité, peur de l’erreur et du jugement, se sentir " novice " face aux experts
    • difficulté à s'exprimer par messagerie ou bien à l'oral (suivant les groupes en ligne ou physiques)
    • Désaccord avec ce qui est globalement exprimé (il est difficile d'exprimer une opposition au groupe)
    • propension à la rétention d’information,
    • Longueur des mesages,
    • risque de ne pas pouvoir se désengager du groupe…
  • Le seuil d’implication du groupe :
    • facilité pour commencer à participer au groupe (objectifs simples, possibilité de commencer par des actions simples),
    • tonalité des échanges (affirmations péremptoires ou propositions mesurées),
    • réactivité du groupe quand on commence à s’impliquer (répond-on aux questions posées par les nouveaux entrants) …
Les observateurs eux-mêmes peuvent être impliqués (suivre les débats) ou au contraire passifs. Par exemple dans une liste de discussion, la proportion de ceux qui reçoivent les mails sous la forme d'un résumé journalier voire hebdomadaire peut donner des indications utiles lorsque cette fonction existe.On peut donc distinguer :
  • Les participants actifs qui agissent dans le groupe
  • Les observateurs impliqués qui apportent de la consistance au groupe en favorisant les mécanimes de reconnaissance
  • Les observateurs passifs qui constituent un réservoir de personnes qui pourront ou non s'impliquer plus fortement par la suite.

Rendre visible les actifs ou les passagers clandestins ?

Chercher à rendre visible les personnes inactives ou inciter trop fortement les passagers clandestins à sortir sur le pont ("delurker") comporte des pièges. Il faut faire la distinction entre le pourcentage des personnes mobilisées et celui des personnes impliquées. Dans un petit groupe ou bien dans un groupe où tout le monde à un rôle défini, il est plus facile de voir ceux qui ne participent pas. Il y a donc une forme de pression qui pousse à se mobiliser pour ne pas être vu comme passager clandestin. Mais il ne s’agit que de mobilisation, pas d’implication.

Visualiser les passagers clandestins risque donc de pousser à la mobilisation mais pas à l’implication. Au contraire, rendre plus visible ceux qui sont actifs permet de favoriser les mécanismes d’estime au sein du groupe et à l’extérieur. Cette reconnaissance favorise l’implication.



Quelques liens :

Nonnecke, B., and J. Preece

 

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