Un groupe de travail de la Fondation Internet Nouvelle Génération

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Ce groupe a terminé ses travaux - Il s'agit d'un site d'archive

retrouvez les synthèses des différents aspects qui favorisent l'Intelligence Collective

et le questionnaire "comprendre par vous même ce qui se passe dans un groupe"

Construire ensemble une vision et une culture partagée

Avoir une pour "devenir ensemble"

Jusqu'à présent, nous nous sommes concentrés sur les intérêts individuels des participants à un groupe :
  • Son intérêt propre perçu par chaque participant. Dans ce cas, la modification de l'environnement permet de faire en sorte que l'intérêt individuel rejoigne l'intérêt collectif
  • La compréhension de l'intérêt de l'autre (ce que nous avons appelé l'intelligence de l'autre) pour trouver des solutions où les deux solutions sont convergentes (stratégie Win-Win).

Mais une des clés fondamentales de l'intelligence collective est de construire une vision partagée. Comme nous l'avons vu, un participant ne peut pas avoir une vision complète du groupe ou d'un domaine à traiter, mais il est tout à fait possible de bâtir une vision commune. Cette vision commune permettra d'aller au-delà de l'aspect individuel et de s'acheminer vers la dimension collective. Il ne s'agit pas seulement de chercher à "vivre ensemble", mais plutôt d'avoir une vision commune de ce vers quoi on souhaite tendre, du "devenir ensemble".

Une petite histoire illustre bien ce passage de l'individuel au collectif dans la vision des participants :
Un passant voit des hommes tailler des pierres. L'un est triste, l'autre indifférent, le troisième paraît heureux. Il leur demande ce qu'ils font.
  • le premier dit : "je taille des pierres pour purger ma peine"
  • le deuxième dit : "je taille des pierres pour nourrir ma famille"
  • le troisième dit : "je taille des pierres pour bâtir une église"
les justifications données par chacun des hommes sont toutes aussi valides les unes que les autres. Elles conduisent à produire une action similaire, mais les motivations qui poussent à agir sont différentes. Le troisième cas est un bon exemple de la motivation de "participer à plus grand que soi" que nous avons vu précédemment.

Mais l'histoire ne s'arrête pas là :
Le passant se dirige alors vers un quatrième homme qui lui aussi parait heureux et lui pose la même question et il répond :
  • "je taille des pierres avec les autres pour construire un monde meilleur"
  • Cette fois il s'agit d'une vision plus collective de "faire ensemble" et même de "devenir ensemble"

    La vision de ce devenir ensemble crée un "" pour le groupe. Si celui-ci est souvent proposé au départ par l'initiateur, il doit être redéfini et rediscuté dès que le groupe en a acquis la capacité pour permettre à chacun de se l'approprier.
    La définition de cette vision commune devient alors partagée à la fois au niveau individuel et collectif.

    Comment construire une vision partagée par le groupe ?

    La construction de sens partagé est une étape fondamentale pour l'émergence de l'intelligence collective.

    Il existe plusieurs possibilités de construire une vision commune partagée par un groupe, depuis une vision imposée par une personne jusqu'à la co-construction volontaire par les membres du groupe.
    1. Une vision commune imposée
      • Dans ce cas, une personne donne une vision et fait en sorte qu'elle soit suffisamment mobilisatrice pour que les membres du groupe l'adoptent. Cela est souvent le cas au début d'un projet, lorsque l'initiateur cherche à fédérer des forces autour de son projet soit en recherchant des participants soit en tentant de mobiliser un groupe déjà constitué.
      • Mais un groupe se mobilise d'autant plus facilement que ses membres ressentent une souffrance et ne trouvent pas leur place dans le reste de la société. C'est également le cas lorsque le groupe a une aptitude aux mythes et à la transcendance (ce qui facilite la mobilisation aussi bien autour de souffrances que d'espoirs). Il y a donc un véritable danger d'utiliser ce type de mobilisation à des fins totalitaires : la vision est imposée par un leader et est acceptée par les membres du groupe par besoin de sortir de leur souffrance ou simplement de rêver.
    2. Des à partir de contributions des participants
      • Heureusement il existe des visions partagées qui ne soient pas des aliénations. Une deuxième étape consiste à ce que les participants, plutôt que d'adopter la vision d'une personne, contribuent en apportant leur propre point de vue sur une question. Une personne réalise alors une synthèse qu'elle re-soumet ensuite au groupe. En soumettant la synthèse au groupe, on va au-delà de la simple superposition des points de vue. Petit à petit, une articulation des différents points de vue émerge.
      • Mais il y a un danger de réduire la synthèse aux seuls points de vue compris par celui qui la réalise. Une personne peut passer successivement d'un point de vue à un autre mais a tendance à avoir du mal à apercevoir un nouveau point en étant aveuglée par ceux qu'elle voit déjà. Il est donc impératif d'avoir un processus itératif de relecture collective de la synthèse pour que celle-ci englobe le mieux possible toute la richesse des contributions.
      • Une autre difficulté est que celui qui fait la synthèse est un goulot d'étranglement qui réduit l'avancement du groupe a sa propre disponibilité. Ajouter une contribution d'un des membres dans une synthèse représente plusieurs fois le temps passé par le contributeur à la produire (en particulier si on rend la contribution visible pour permettre aux autres membres du groupe d'y réagir). Il faut donc avoir des règles pour commenter qui réduisent le temps passé à intégrer des contributions et des commentaires dans une synthèse. Cela n'est pas facile lorsque le groupe est encore jeune, car les règles seront d'autant plus facilement acceptées qu'il y a déjà une vision commune et que le groupe a construit ou accepté lui-même les règles.
      • Il s'agit donc d'une méthode qui permet de construire une vision commune très utile mais qui est consommatrice de temps individuel (pour celui qui fait la synthèse) et de délais collectifs (suivant la disponibilité de celui qui fait les synthèses et du fait du processus itératif pour rendre la synthèse réellement collective). Elle a pour avantage de permettre une production du groupe qu'il pourra ensuite présenter à l'extérieur et ainsi l'aider à construire son identité (voir le point suivant). L'initiateur d'un projet qui dès le début demande des commentaires sur le projet qu'il propose suit également cette deuxième approche.
    3. Un
      • Une autre façon complémentaire de construire une vision commune, est d'avoir un vécu commun entre les membres du groupe. Celui-ci peut être positif (par exemple partager des moments de convivialité, avoir produit des résultats collectifs qui sont visibles de l'extérieur), mais également négatif : Lorsqu'un groupe fait l'objet de conflits interne, ceux-ci peuvent mettre en péril l'existence même du groupe. Mais une fois la crise terminée, les "survivants" qui sont restés dans le groupe, partagent un vécut qui change les réactions aussi bien individuelles que collectives.
      • En effet, il existe une "plasticité" des groupes qui fait qu'ils ne réagissent pas de la même façon aux mêmes événements en fonction de ce qui a été vécut auparavant. Il ne s'agit pas seulement d'un phénomène conscient mais surtout d'un phénomène inconscient qui peut dicter les réactions d'un groupe d'une façon différente de ce qu'aurait donné une analyse collective consciente. Cela rend les groupes assez imprévisibles.
    4. La construction volontaire et collective d'une vision partagée par les membres du groupe
      • Il ne s'agit pas de construire une vision unique qui deviendrait un nouveau dogme imposé cette fois par le groupe et non plus seulement par une personne, mais plutôt d'élaborer une compréhension commune des différents points de vue et de leur articulation (ce n'est donc pas un jugement de valeur sur tel ou tel point de vue, mais au contraire la reconnaissance de leur nécessaire pluralité comme cela se fait dans les relations de personnes à personnes dans le cadre de "l'intelligence de l'autre").
      • Différentes méthodes existent telle le "" introduit par Karl Weick utilisé dans des situations d'action (en particulier faiblement tolérantes à l'erreur ou de crise)
      • Au fur et mesure que le groupe devient plus mature, il acquiert plus de facilité à construire sa propre vision commune. Le coordinateur n'a plus à imposer de vision mais doit au contraire faciliter l'élaboration et la mise à jour collective de la vision. La difficulté vient souvent du fait que le coordinateur est aussi un des membres du groupe les plus impliqués et donc contribue lui aussi. La séparation entre son rôle de contributeur et son rôle de facilitateur de l'émergence d'une vision collective n'est pas aisée et il risque d'y avoir des conflits d'intérêts entre ses intérêts individuels et l'intérêt collectif. Ceux-ci sont d'autant plus dangereux qu'ils ne sont pas visibles. Pour cela, lorsque le groupe est en crise, il est souvent utile d'avoir un médiateur extérieur qui joue le rôle de facilitateur de la construction collective et qui permet ainsi au coordinateur traditionnel de contribuer sans confusion des rôles. Mais cette situation avec un coordinateur (médiateur) extérieur ne peut être que provisoire car le coordinateur est et doit rester sur la durée un membre du groupe.