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Ce groupe a terminé ses travaux - Il s'agit d'un site d'archive
retrouvez les synthèses des différents aspects qui favorisent l'Intelligence Collective
et le questionnaire "comprendre par vous même ce qui se passe dans un groupe"
Synthese Coordination v1
- La coordination des groupes
- 1) Aller au-delà de la gestion centralisée d'un groupe
- Le monde est complexe
- L’effet global n’est pas la somme des actions individuelles
- La fin de la connaissance totale
- Ce que l’on comprend de la complexité
- La gestion centralisée imposée aux membres d'un groupe
- 2) Faire converger les intérêts individuels et collectif en modifiant l'environnement
- Que cherche une personne dans un groupe ?
- Les différents types de relations entre l'individu et la communauté
- Quand l’environnement pallie le manque de concertation
- L’environnement favorise ou pénalise certaines actions
- Une action globale même sans concertation entre les membres
- Trahir ou coopérer en fonction de ce que l’on anticipe de la réaction de l’autre
- Essayer plusieurs fois pour comprendre l’autre et découvrir les meilleures stratégies
- Plus on essaie, mieux c’est… à condition de ne pas forcer les choix
- Un peu de connaissances pour gagner du temps
- Une conséquence des itérations : l’intelligence de l’autre
- Coordonner en mettant en place un environnement favorable
- 3) L'intelligence de l'autre : quand les membres du groupe se coordonnent eux-mêmes
- Changer sa vision pour acquérir un "savoir être"
- De l’intelligence individuelle pour l’intelligence collective
- Une approche qui nécessite de l’intelligence individuelle
- De l’intelligence individuelle à l’intelligence de l’autre
- A-t-on encore besoin d'un chef ?
- En guise de conclusion
- Annexe : Tableau des tâches de coordination
- Annexe : Comment aller plus loin ?
- Annexe : lexique des mots clés introduits
La coordination des groupes
[retour à la page sur la coordination des groupes]Document préparé par le groupe Intelligence Collective de la Fing à partir des contributions de Isabelle Gonon, Arnaud Lafont, Janique Laudouar, Godefroy Beauvallet, Jean-Michel Cornu, Bruno Decroocq, Yann Le Guennec, Daniel Memmi, Roger Nifle, Joël Quinqueton, Jean-Michel Penalva, Michel Paillet, Bernard Prieur Smester, Sebastien Sauteur. Rédaction par Jean-Michel Cornu. Version 1 du 22 mars 2005
Note: cette première version de la synthèse a été relue et les commentaires sont disponibles sur Synthese Commentee Coordination v1. Cette page est maintenant fermée (elle présente la synthèse à la date du 22 mars 2005), le traitement des commentaires est maintenant sur la page Synthese Coordination v2 -- JeanMichelCornuIC
1) Aller au-delà de la gestion centralisée d'un groupe
Le monde est complexe
L’effet global n’est pas la somme des actions individuelles
Dans notre monde, les hommes échangent entre eux, les groupes interagissent entre eux, nous disons qu’il est « complexe ». Ce terme fait peur car il est souvent confondu avec « compliqué » qui signifie « difficile à comprendre ». En fait dans la complexité, chaque action élémentaire est souvent simple et le résultat global obtenu peut également être simple. Ce qui est difficile à appréhender est l’effet obtenu par la somme des actes individuels. Des nouvelles propriétés émergent des interactions entre les parties.La difficulté réside dans le passage du personnel au collectif.
La fin de la connaissance totale
Lorsque l’on parle d’un groupe constitué de personnes, le fait qu’elles interagissent entre elles rend l’ensemble complexe. Nous devenons de plus en plus interdépendants : nous utilisons de plus en plus de moyens d’échanges parfois très sophistiqués, mais surtout, nous dépendons des autres. Le monde, ou à une échelle plus réduite un groupe, n’est pas une simple collection d’être humains. Le fait que ceux-ci échangent entre eux fait émerger cette complexité. Il n'est plus possible alors d'englober la totalité d'un groupe ou d'un domaine à traiter. Le rêve des encyclopédistes d’appréhender l’ensemble des savoirs simplement en les rassemblant dans le même ouvrage s’est envolé.Ce que l’on comprend de la complexité
Les sciences de la complexité étudient le fonctionnement de tels systèmes qui ne peuvent plus être décrits comme la somme des actions individuelles. Elles présentent deux particularités :- Tout d’abord certains résultats sont contre intuitifs car notre société a plus l’habitude d’une approche réductionniste qui décompose un système en un ensemble d’éléments simples.
- Par ailleurs les règles de la complexité s’appliquent indépendamment de la nature des éléments qui constituent le système. Ainsi, on retrouvera certaines règles identiques en biologie, physique, astronomie… ou en intelligence collective.
La gestion centralisée imposée aux membres d'un groupe
La façon la plus habituelle pour gérer un groupe est de disposer d’un « chef » qui concentre entre ses mains un certain nombre de pouvoirs et de responsabilités. Il impose alors à chaque membre des actions à faire et des résultats à obtenir.Les limites de cette approche
Cette approche centralisée à des limites. Elle permet de traiter un travail qui est décomposable en tâches relativement autonomes, mais dès que les tâches sont interdépendantes la complexité apparaît. Une seule personne ne peut alors plus appréhender l’ensemble de ce qui se passe. L’intelligence du groupe est alors réduite à l’intelligence du chef. Nous pouvons parler d’action collective constituée d’une collection de tâches mais pas d’intelligence collective.Dans ce type de groupe, il est possible de mobiliser les personnes - c’est à dire de leur demander d’exécuter une ou plusieurs tâches élémentaires - mais on ne peut leur imposer de s’impliquer. Pour cela, il faudrait que les acteurs se sentent concernés par l’ensemble du projet. La gestion imposée de façon centralisée est mal adaptée à la complexité et à l’implication des personnes qui considèrent que tout ce qui ne leur est pas demandé est « le problème » du chef ou des autres.
Vers une approche à la fois individuelle et collective
Notre société a d’abord été globalisante, la personne y était négligée au profit du groupe. Nous sommes maintenant passé à la vision opposée d’une société individualiste. Cette fois c’est le sentiment collectif qui y est négligé. L’enjeu consiste à articuler à la fois l’individu et le groupe dans une approche complexe. Cela nécessite plusieurs choses :- dans un premier temps, il faut garantir des interrelations entre les personnes pour dépasser la collection d'individus et arriver à une communauté, c’est à dire un système complexe. Cette approche est en contradiction avec le mode de gestion centralisé qui a pour but de « garder le contrôle » pour garantir un résultat.
- L’étape suivante consiste à faire en sorte que l’action globale du groupe aille dans un sens défini et voulu. Nous avons vu cependant qu’il n’était pas facile de comprendre comment des règles applicables individuellement permettent d’obtenir des résultats collectifs.
- Enfin, pour aller plus loin, chaque membre du groupe doit pouvoir gagner en autonomie mais aussi en responsabilité.
2) Faire converger les intérêts individuels et collectif en modifiant l'environnement
Que cherche une personne dans un groupe ?
S’imposer pour exister
Pour mieux comprendre comment réconcilier l’intérêt collectif et l’intérêt des personnes, il nous faut avant tout saisir les motivations des individus à s’insérer dans un groupe. Au-delà de l’intérêt propre qu’il peut retirer des résultats collectifs, chacun cherche à exister à travers le groupe. Il cherche à se « faire un nom » au sein de la communauté, même si cela est le plus souvent... un « non dit ». Ce besoin d’être visible peut produire plusieurs réactions différentes comme la tentation de prise de pouvoir ou l’opposition systématique. La peur d'être dilué dans le groupe mène à une vision totalisante du groupe. Pourtant, même lorsque le coordinateur se positionne en « dictateur bienveillant » avec les meilleurs sentiments, il ne peut « contrôler » le groupe sans réduire à néant sa complexité et son intelligence collective.Ou bien ne pas s’impliquer
Lorsqu’elle ne peut se faire un nom dans le groupe, une personne risque alors d’avoir une implication moindre. Elle ne participe pas aux actions ou bien le fait avec le minimum d’implication. La phrase clé souvent utilisé est : « c’est leur problème ». Une des façons déguisées de ne pas s’impliquer dans un groupe - y compris pour un coordinateur - est de se cacher derrière une approche technologique. Les outils, y compris bien souvent les outils de coopération, peuvent devenir un prétexte pour transférer notre responsabilité.Les différents types de relations entre l'individu et la communauté
Différentes directions…
En fonction de son degré d’implication, de sa vision des intérêts collectifs et des ses propres intérêts, une personne peut aller dans le même sens ou dans un sens différent de celui du groupe :- Le passager clandestin : Un membre peut ne pas être impliqué et ne pas agir dans le contexte du projet collectif ;
- Faire cavalier seul : Un membre peut aussi agir suivant ses intérêts propres, indépendamment des intérêts du groupe. Son action va dans une direction qui peut être positive, négative ou autre pour le groupe ;
- La coopération : Heureusement, un membre peut également aller dans le même sens que le groupe dont il partage les objectifs ;
- Le conflit d’intérêt : Parfois une personne doit choisir entre aller dans le sens opposé à celui du groupe ou d’autres membres ou bien agir contre ses propres intérêts ;
…au sein d’un groupe ou même d’une seule personne du groupe
Le plus souvent, on rencontre ces différents cas de figure dans un groupe. Il y a au départ par exemple une collaboration dans un but commun dont chacun attend un résultat collectif, mais certains intérêts peuvent diverger ou les besoins particuliers des participants peuvent s’y exprimer indépendamment des objectifs du groupe. Le pourcentage de passagers clandestins est souvent constant, si bien que les supprimer d’un groupe pousse des personnes qui étaient auparavant actives à devenir les nouveaux passagers clandestins…Chaque membre du groupe peut également présenter ces différentes facettes, s’associant aux buts collectifs, poursuivant également ses objectifs personnels ou bien encore en étant confronté à un conflit d’intérêt. Pour prendre en compte à la fois la dimension collective et la dimension individuelle des groupes complexes, nous devrons intégrer ces différentes « directions » de l’action individuelle.
Quand l’environnement pallie le manque de concertation
L’environnement favorise ou pénalise certaines actions
Nous avons vu qu’une demande directe imposée à des personnes réduit l’intelligence collective du groupe à l’intelligence de celui qui donne les ordres. Une autre façon de procéder consiste à remplacer la transmission explicite du message par une modification de l'environnement. Dans ce cas il est possible de favoriser les actions individuelles allant dans un certain sens et de pénaliser d’autres types d’actions tout en laissant cependant une latitude à chaque membre du groupe. Ce dernier point est important pour que chacun puisse ouvrir de nouvelles pistes.Une action globale même sans concertation entre les membres
Cette approche appelée « stigmergie » permet une coordination entre les membres même sans concertation. Elle ne fait pas appel à une vision globale de chaque membre. Par exemple ce sont les phérormones qui guident les termites dans la construction de la termitière, sans qu’aucun d’entre eux n’ait une vision du résultat complet à obtenir.Trahir ou coopérer en fonction de ce que l’on anticipe de la réaction de l’autre
Lorsqu’une action globale a lieu sans concertation entre les membres, les membres n’ont pas de vision globale et chacun cherche à maximiser son intérêt personnel. Lorsqu’il s’agit de personnes, elles peuvent choisir suivant deux réactions - jouer le jeu ou au contraire trahir - suivant la façon dont elles anticipent la réaction de l’autre. La théorie des jeux étudie différent cas de figure dans le cadre des « jeux de coordination ». On distingue deux résultats particuliers :- L’équilibre de Nash : Lorsque chacun définit sa stratégie « au cas où » l'autre ne jouerait pas le jeu, on arrive à une solution. Mais celle-ci n’est en général pas optimale (c’est le cas dans le célèbre dilemme du prisonnier ou chacun préfère trahir son compère plutôt que de se retrouver seul à écoper de toute la peine).
- L’optimum de Pareto : Il s’agit de la solution optimale qui est atteinte quand le gain de l'un ne peut augmenter sans diminuer celui de l'autre. Pour arriver à cette solution, les individus devraient disposer d’une vision globale. Mais celle-ci n’est pas appréhendable à cause de la difficulté à comprendre l’effet produit par la somme des actes individuels dans un environnement complexe.
Essayer plusieurs fois pour comprendre l’autre et découvrir les meilleures stratégies
Il existe cependant une façon d’atteindre cet optimum. Pour cela, il est nécessaire de "rejouer" en conservant la mémoire des coups et en utilisant des stratégies. Ainsi, chaque membre du groupe apprend comment l’autre réagit et affine sa stratégie en fonction de cela. Mais la réaction de chacun dépend elle-même de la façon dont il comprend les réactions des autres. Nous sommes dans un système d’interactions complexes et l’équilibre final dépend de l’histoire de ces différentes interactions. Sur le long terme chacun découvre non seulement les réactions de l’autre mais également l’efficacité des différentes stratégies. La mémoire des meilleures solutions permet de faire converger les comportements vers l'optimum. On parle alors d’apprentissage par renforcement.Plus on essaie, mieux c’est… à condition de ne pas forcer les choix
Pour que le groupe converge vers une solution, il faut un grand nombre de choix individuels, c’est à dire un grand nombre d'acteurs et un grand nombre d'itérations. Une solution est atteinte lorsque chaque acteur n'a plus qu'un seul choix. Il ne s’agit pas forcément de la meilleure mais d’une solution qui s’en approche. Il faut également que le choix des acteurs ne soit pas forcé pour augmenter le coté aléatoire des réponses, sinon, le système converge plus rapidement mais s'éloigne de la bonne solution.Les « ant algorithms », proches des algorithmes génétiques étudient comment des ensembles de choix individuels convergent vers des effets positifs ou non pour l’ensemble d’un groupe. Ils montrent que l’on peut aboutir à une solution optimum ou s’en rapprocher sans avoir à explorer toutes les possibilités. Cette approche est adaptée aux problèmes statiques complexes comme la réalisation d'emploi du temps dans un établissement scolaire ou encore le problème du voyageur de commerce (qui doit parcourir un ensemble de ville en minimisant son parcours). Lorsque l’on n’a pas de solution globale à un problème complexe, il est possible de simuler un ensemble de choix individuels qui convergent peu à peu vers une solution. Les ants algorithms sont également particulièrement efficace pour les problèmes dynamiques où les conditions changent en cours de jeu.
Un peu de connaissances pour gagner du temps
Une façon de « gagner du temps » est de connaître l’efficacité a priori des différentes stratégies. L’une d’elle augmente les chances d’atteindre l’optimum de Pareto. Il s’agit de coopérer la première fois, de voir comment réagit l’autre, puis d’appliquer à chaque fois la stratégie utilisée par le partenaire la fois précédente (Cette stratégie est appelée « donnant-donnant »). Elle fournit une information comme quoi on est prêt à coopérer à condition que l’autre coopère également. Mais l’efficacité d’une stratégie dépend de celle employée par le ou les partenaires. Il est donc nécessaire de s’adapter en fonction des circonstances.Une conséquence des itérations : l’intelligence de l’autre
Une des conséquences intéressantes de cette approche par itérations, est que la personne, à défaut d’obtenir une vision globale, acquière une "intelligence de l'autre" en comprenant ses intérêts et la façon dont elle réagit. Cela lui permet de ne plus simplement réagir en fonction de ses intérêts propres mais de trouver une approche qui prenne en compte les deux intérêts (on parle alors de stratégie « gagnant-gagnant » ou « Win-Win »).Coordonner en mettant en place un environnement favorable
Agir sur l’environnement plutôt que directement sur les acteurs
Dans un système complexe, comme nous l’avons vu, il est difficile de relier les actions élémentaires et les effets obtenus globalement. Si les actions individuelles sont imposées par une personne de façon centralisée, alors l’intelligence du groupe se réduit à l’intelligence du chef. L’environnement également coordonne les actions individuelles en favorisant certains comportement et en pénalisant certains autres. Même lorsque les membres ne peuvent pas se concerter, ils peuvent établir des stratégies. Avec un grand nombre d’interactions, celles-ci convergent vers une solution proche de l’optimum.Il devient possible pour une personne de coordonner un groupe en modifiant l’environnement de façon qu’il favorise la convergence dans un sens définit.
Quelques règles pour coordonner un groupe
A partir des éléments indiqués précédemment nous pouvons proposer quelques règles qui permettent de faire converger un groupe.- Orienter dans un sens voulu
- Connaître la direction a prendre plutôt que le but à atteindre. En définissant une direction, on ne présume pas du résultat exact à obtenir, ce qui n’est pas possible avec un groupe complexe par essence imprévisible. Elle permet cependant d’évaluer au fur et à mesure si les résultats vont dans la bonne direction.
- Pour accélérer la convergence, faire en sorte que les directions soient partagées par tous, par exemple en les définissant collectivement.
- Faciliter la convergence des stratégies vers une solution proche de l’optimum
- Faciliter l’implication des acteurs en maximisant la motivation (par exemple le plaisir collectif), en minimisant les freins (par exemple le manque de confiance) et en diminuant le seuil de passage à l’acte (en permettant une première implication simple et facile à appréhender).
- Multiplier les acteurs pour permettre d’explorer un grand nombre de voies. Plus il y a d’acteurs actifs et impliqués, plus les stratégies ont des chances de converger.
- Ne pas forcer les choix des acteurs, sinon le système converge plus rapidement mais s’éloigne de la bonne solution car il a exploré moins de possibilités
- Mettre en place des références communes (locaux, horaires, culture, rites...). Elles sont indispensables pour permettre la communication entre les acteurs. Le type de références communes à mettre en place est à repenser dans un environnement de coopération en ligne
- Multiplier les itérations entre les acteurs afin qu’ils ne définissent pas simplement leur stratégie dans le cas où les autres ne joueraient pas le jeu (équilibre de Nash), mais au contraire pour leur permettre de découvrir non seulement les stratégies des autres mais aussi l’efficacité des différentes stratégies (par exemple les stratégies donnant-donnant et gagnant-gagnant)
- Pour accélérer la convergence, éduquer les membres sur l’efficacité des différentes stratégies
- Favoriser la convergence des intérêts individuel et collectif pour maximiser la coopération
- Maximiser la « distance d’horizon » c’est à dire le temps, ou plus précisément le nombre d’étapes que les membres pensent vivre ensemble. Plus les acteurs pensent qu’ils auront d’itérations ensemble, plus ils auront tendance à privilégier les stratégies de coopération. Contrairement au nombre réel d’itération, il s’agit d’une donnée subjective.
- Développer un environnement d’abondance. L’abondance peut être dans le nombre des échanges, les connaissances obtenues, le nombre de réalisations même petites etc. Elle favorise une « économie du don » où chacun a plus intérêt à partager pour gagner l’estime des autres et n’a que peu d’intérêt à garder ce qu’il a pour lui seul.
- Favoriser les mécanismes d’estime entre les membres. Le coordinateur n’a pas plus que les autres une vision totale des interactions. Plutôt que de décider seul de ce qui est bon ou mauvais - cela privilégie les comportements basés sur l’apparence et le lobbying - le coordinateur doit faciliter une évaluation entre les membres eux-mêmes.
- S’impliquer soi même. Coordonner un projet demande une grande implication. Se décharger sur des outils technologiques est une méthode commune pour ne pas s’impliquer. Ils doivent rester un moyen pour démultiplier les effets des actions et non un moyen de ne plus se poser de question et de baisser son implication.
- Prendre en compte le fait que tous les comportements ne sont pas coopératifs
- Prendre en compte les passagers clandestins. Le pourcentage de personnes qui s’impliquent dans un projet est assez stable. Ne pas rejeter les « passagers clandestins » mais considérer au contraire qu’ils constituent une « réserve » de personnes qui pourront peut être un jour s’impliquer car elles connaissent le projet et le groupe.
- Prendre en compte les cavaliers seuls. Même si certains objectifs sont partagés, les acteurs ont également d’autres objectifs individuels. Par ailleurs, le manque de vision globale rend la concertation plus approximative. Certaines personnes pourront considérer différemment les directions communes. Ne pas considérer les « cavaliers seuls » comme un problème à supprimer, mais comprendre qu’ils apportent la dose d’aléatoire nécessaire pour permettre au système d’ensemble de trouver des solutions optimales.
- Prendre en compte l’existence de confits d’intérêts. Dans un système complexe certains intérêts individuels se retrouvent opposés à l’intérêt collectif ou à l’intérêt de certains des autres membres du groupe. Lorsque le conflit ne semble pas possible à résoudre sans désavantager l’un des protagonistes, il est alors normal que la personne concernée privilégie, à partir d’un certain niveau de tension, sa sauvegarde personnelle. Mais le reste du groupe considère au contraire qu’elle devrait aller à l’encontre de ses intérêts propres pour privilégier le groupe ou l’autre personne. La personne se trouvant en conflit d’intérêt a alors tendance à le masquer, ce qui rend difficile de trouver une solution alternative. Cela est particulièrement vrai lorsque la personne concernée a un pouvoir important d’action sur le groupe (le chef ou bien le coordinateur). Il reste à mieux comprendre les stratégies qui permettent de résoudre cette difficulté.
- Faire en sorte que la non-implication ou l’action dans un sens différent n’entraîne pas l’échec de tout le groupe. Les actions coopératives sont bien adaptées au développement de nouvelles possibilités grâce à des actions en parallèles. Tout résultat individuel positif fait progresser le groupe. Dans le cas des tâches critiques au contraire, l’échec d’un des acteurs met en péril tout le projet collectif. Celles-ci doivent alors être réduites à leur minimum en modifiant éventuellement pour cela l’organisation du groupe et du projet. Les tâches critiques et les contraintes qu’il n’a pas été possible de supprimer doivent être gérées différemment des autres tâches, par exemple en étant prises en charge par le coordinateur lui-même.
Ces quelques exemples de règles montrent la difficulté du rôle de coordinateur. Il doit à la fois favoriser un sens et prendre en compte le fait que tout le monde ne va pas dans ce même sens. Il doit développer les opportunités dans le groupe mais également gérer les contraintes.
Les limites de cette approche
Cette approche où le coordinateur agit sur l’environnement plutôt qu’en imposant des actions aux membres du groupe ne fait pas appel pour les acteurs à une vision globale. On parle alors « d’intelligence en essaim » ou de « swarm intelligence ».Le coordinateur lui-même ne peut pas avoir une vision absolue du système. Bien qu’il n’impose qu’indirectement la direction à prendre en jouant sur l’environnement, il est parfois appelé « dictateur bienveillant ». Il ne contrôle pas tout mais la réussite du groupe dépend encore énormément de lui et de sa capacité à développer un environnement favorable.
Mais il existe une autre limitation bien plus pernicieuse dans cette approche. Le coordinateur recherche un environnement qui favorise une convergence entre les intérêts individuels et l’intérêt collectif en faisant l’hypothèse que les membres du groupe poursuivent des buts personnels et ne disposent pas d’une vision globale. Il peut être aidé en cela par la théorie des jeux. Mais en focalisant son attention sur les stratégies individuelles, il la détourne de l’émergence d’une intelligence de l’autre pourtant permise par le processus itératif.
Alors que le groupe comporte des membres à différentes étapes de cette compréhension de l’autre, la gestion se focalise sur les aspects les plus délicats pour la convergence du groupe, oubliant au passage que cette intelligence de l’autre devrait être une fin en soi pour permettre la véritable naissance d’un groupe autonome. "Croire à l’intelligence de l'autre, c'est la faire naître et la développer ; La nier, c'est la détruire." Jean Guéhenno in CONFIANCE ET COMPLEXITE Jean-Louis LE MOIGNE cité dans la page de Yann Le Guennec I C -- JeanMichelCornuIC
Sans doute, l’approche que nous venons de décrire ne représente qu’une étape transitoire pour aboutir in fine à un groupe capable de se coordonner lui-même, à une véritable intelligence collective.
3) L'intelligence de l'autre : quand les membres du groupe se coordonnent eux-mêmes
Changer sa vision pour acquérir un "savoir être"
Une véritable stratégie gagnant-gagnant
Dans ce que nous avons appelé « l’intelligence de l’autre », les membres du groupe élargissent leur vision. Ils ne se limitent plus seulement à rechercher leur intérêt immédiat mais plutôt à faire converger leur intérêt avec ceux des autres. Avec cette stratégie à moyen et long terme tout le monde est gagnant car la réussite de chacun passe par la réussite du groupe. Nous avons vu qu’une personne ne peut appréhender totalement l’ensemble des intérêts du groupe et de chaque membre du groupe. Cependant, si chacun est attentif à faciliter les interactions, l’ensemble du groupe peut converger beaucoup plus rapidement. Dans ce cas, il devient possible pour les membres et non plus seulement pour le coordinateur, de chercher à modifier l’environnement pour faire se rapprocher les intérêts individuels et collectifs.Pour faciliter l’émergence de l’intelligence de l’autre
L’intelligence de l’autre ne nécessite pas seulement un « savoir-faire », mais surtout un « savoir-être ». Cela passe pour chacun par trouver sa place dans le groupe en trouvant son « nom » pour se voir et être vu dans le groupe. Développer cette approche nécessite donc à la fois :- Une formation des personnes sur la façon de trouver son nom et sur les stratégies à long terme gagnantes ;
- Un apprentissage de l’autonomie ;
- Mais également un changement de point de vue. Au-delà de la vision personnelle, il s’agit de développer une capacité à voir par les yeux de l’autre. Il s’agit d’un véritable changement de culture et de mentalité.
De l’intelligence individuelle pour l’intelligence collective
Une approche qui nécessite de l’intelligence individuelle
Cette approche par la "transformation des personnes" nécessite une grande intelligence individuelle, alors que la stigmergie n’est qu’une simple réponse à l’environnement où l’intelligence individuelle n'est pas indispensable. Ainsi, le niveau le plus élevé d'intelligence collective, y compris dans sa propre capacité à se modifier elle-même, est atteint quand non seulement les actions mais également la coordination sont les plus distribuées et collectives possibles.De l’intelligence individuelle à l’intelligence de l’autre
Cette intelligence individuelle est utilisée non seulement pour maximiser la situation de son propre point de vue mais également pour développer au maximum une vision de l’autre et une compréhension de la façon dont l’environnement peut faire converger ou diverger les intérêts individuels et collectif.A-t-on encore besoin d'un chef ?
En fonction de la maturité du groupe
Du coup, nous pourrions nous poser la question de savoir s’il est toujours nécessaire d’avoir un chef ou même un coordinateur. La réponse est variée lorsque l’on observe la nature : il n'y a pas de chef de meute chez les Lycaons ("chien-hyène"). A l’inverse il y a une seule reine dans les ruches ou les fourmilières même si elle n'assure que certaines tâches.La question juste serait plutôt de savoir qui du coordinateur ou des membres peut assurer chacune des différentes tâches de coordination. La réponse dépend du niveau de maturité du groupe et de ses membres.
En fonction des contraintes extérieures
Un autre critère peut influencer une décentralisation plus ou moins grande des tâches de coordination : la nécessité d’obtenir des résultats en prenant en compte un certain nombre de contraintes extérieures (temps, cahier des charges…). Il faut donc distinguer différentes structurations de collectifs. Il existe de nombreuses définitions qui s’échangent et se confondent parfois. Nous proposons trois termes pour distinguer trois orientations :- Le groupe de travail est initié autour d'un projet pour produire un résultat ;
- La communauté est initiée pour rassembler un ensemble de personnes et créer des liens entre eux ;
- Le réseau émerge à partir des interrelations entre des personnes (sans intention préalable);
Evolution de la coordination
Chaque tâche de coordination, en fonction de la maturité du groupe et des contraintes extérieures peut passer progressivement par les trois types de coordination que nous avons identifiés :- Une action directe. Par exemple dans les projets coopératifs, l’initiateur fait une première proposition construite unilatéralement avant même parfois que le groupe ne soit constitué. Il permet ainsi de partir d’une première base. Pour donner aux personnes l’envie de participer.
- Une action du coordinateur sur l’environnement pour que celui-ci favorise l'intelligence Collective (stigmergie)
- Une action des membres eux-mêmes sur l’environnement au fur et à mesure que le groupe acquière une maturité et que ses membres acquièrent une intelligence de l'autre.
Le tableau en annexe présente plusieurs tâches de coordination. Il permet pour un groupe particulier de se poser la question de connaître le type de coordination pour chacun des tâches et de réfléchir à la possibilité de passer à un autre mode ainsi que le bon moment pour le faire.
En guise de conclusion
Nous l’avons vu, passer d’un mode de coordination à un autre n’est pas toujours aisé : lorsque nous concentrons notre attention sur un aspect, nous rendons plus difficile à voir son opposé :- Le chef qui agit directement sur les personnes et les projets se concentre sur la prise en compte des contraintes. Du coup, les opportunités deviennent moins visibles. Elles sont pourtant le fondement d’une coordination basé sur l’environnement.
- Le coordinateur coopératif cherche à prendre en compte les conflits d’intérêts, les cavaliers seuls et les passagers clandestins. Du coup, l’émergence d’une intelligence de l’autre est moins visible. C’est pourtant elle qui permet une coordination par les membres eux-mêmes.
La difficulté consiste à passer d’un point de vue à l’autre. Voir les choses sous un angle nous masque les autres facettes : Développer notre intérêt ou l’intérêt du groupe ? Gérer les contraintes ou les opportunités ? Prendre en compte les attitudes non coopératives ou faciliter le développement de l’intelligence de l’autre ?
Pour collaborer avec l'autre nous devons développer notre capacité à ne pas rester à la même place, à passer d’un point de vue à l’autre. Aider à faire émerger cette vision multiple à la fois autonome et collective est sans doute une des clés pour faire émerger une société de la connaissance et de l’intelligence collective.
Annexe : Tableau des tâches de coordination
Le tableau ci-dessous liste un certain nombre de tâches de coordination. Il doit permettre d’analyser en profondeur nos propres projets. Pour chacune des tâches nous pouvons nous demander le type de coordination que nous utilisons, ainsi que les critères qui doivent permettre de passer au moment judicieux à un mode plus collectif.Les tâches de coordination peuvent être assurées :
- par un chef qui agit directement sur les personnes et sur les actions
- par un coordinateur qui agit sur l’environnement
- par les membres eux-mêmes de façon totalement décentralisée
Lorsque la coordination est centralisée (chef ou coordinateur), il peut exister plusieurs cas de figure :
- Une personne unique qui prend en compte toutes les tâches de coordination
- La répartition de la coordination entre deux rôles : une personne qui gère les contraintes (par exemple les attentes d’un commanditaire) et une qui gère les opportunités (permettre au groupe d'être créatif et innovant)
- La distribution de chaque tâche à des membres différents. Dans ce cas la tâche de coordination est toujours centralisée mais son affectation peut être discutée par le groupe lors de réunions synchrones, chacun s'appropriant "à la volée", "à tour de rôle" des rôles et des responsabilités tout en en obtenant la légitimité (pour pouvoir sans craindre de blesser, rappeler à l'ordre ceux qui perdraient de vue le cap)
note : un problème de passage à une nouvelle version du Wiki fait que les tableaux ne sont plus pris en compte provisoirement. Dans le tableau originel, les colonnes "Type de coordination actuel" et "critères de passage" sont vides pour pouvoir être remplies par la personne qui cherche à évaluer son projet. Seuls sont donc mis ci-dessous le type de responsabilité et éventuellement les remarques -- JeanMichelCornuIC
Responsabilités | Type de coordination actuel | Critères de passage à une forme suivante | Remarques
Définition des objectifs
- Définir les objectifs | Parfois centralisé pour faire une première proposition avant la création du groupe. Si la définition est ensuite collective, une personne doit garantir que les objectifs sont bien définis
- Etre la mémoire des objectifs | Une des tâches importantes du coordinateur
- découper les tâches pour que la non-coopération ou l'échec de certains n'entraîne pas l'échec du groupe | Nécessite une bonne compréhension des règles de coopération
Actions collectives
- Assurer une unité d'action (de sens, de contexte, de projet)
- Réaliser les différentes tâches opérationnelles | Distinguer les tâches critiques des autres tâches non critiques (dans ce dernier cas, ne pas enfermer les personnes dans des tâches et ne pas conditionner une tâche à une personne)
- Identifier les tâches restant à faire
Résultat des actions collectives
- Vérifier que les choix faits par le groupe répondent bien aux besoins
- Réalisation des synthèses | Le rôle du rapporteur (il peut être distribué si plusieurs personnes font des synthèses et les partagent)
- Montrer les réalisations du groupe au groupe lui-même et à l'extérieur | Pour faciliter "la conscience du groupe par lui-même"
Vie du groupe
- Faire converger l'intérêt individuel et collectif
- Faciliter l'implication des membres
- Définir qui assume le rôle de coordinateur pour chacune des tâches de coordination | Lorsque le groupe est mâture certains rôles de coordination ne sont plus conditionnés à une personne mais appropriés par les participants et même parfois assumés collectivement. Cela évite les difficultés de succession.
Annexe : Comment aller plus loin ?
Quelques questions supplémentaires se posent. Elles pourront faire l’objet de travaux ultérieurs par le groupe Intelligence collective de la Fing :- Définir des étapes de maturité d'un groupe et identifier les moments où il est possible de transférer certaines responsabilités (discussion en cours autour du temps)
- Prendre en compte les rythmes différents à l’intérieur et à l’extérieur du groupe (discussion en cours autour du temps)
- Développer une capacité de passer d’un point de vue à l’autre (discussion prévue sur la plasticité)
- Illustrer les différents points par des exemples concrets avec une analyse des causes probables des succès comme des échecs
Deux questions émergent encore lorsqu’on parle d’intelligence collective :
- Pouvons nous appliquer ce que nous trouvons à notre propre groupe ? Pouvons nous nous passer de le faire ? Notre groupe est-il mâture pour le faire maintenant sans risque ?
- Peut-on se saisir de l'intelligence collective par un discours ? Il semble que ce que nous cherchons n'est pas de comprendre l’intelligence collective au travers d’un discours mais d'en comprendre suffisamment certaines règles pour faire en sorte d'être capable de rendre son émergence la plus reproductible possible.
Annexe : lexique des mots clés introduits
La terminologie proposée, empruntée à divers domaines, doit permettre de définir des concepts communs et aider à les partager.- algorithmes génétiques
- ant algorithms
- apprentissage par renforcement
- cavalier seul
- communauté
- complexe
- conflit d’intérêt
- dictateur bienveillant
- dilemme du prisonnier
- distance d’horizon
- économie du don
- équilibre de Nash
- groupe de travail
- intelligence de l'autre
- intelligence en essaim
- jeux de coordination
- mécanismes d’estime
- optimum de Pareto
- passager clandestin
- propriétés émergentes
- réseau
- sciences de la complexité
- stigmergie
- stratégie donnant-donnant
- stratégie gagnant-gagnant
- swarm intelligence
- théorie des jeux